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Daran › J'évite le soleil

10 titres - 38:30 min

  • 1/ En écoutant Johnny Diesel
  • 2/ Y'a des chaises pour s'asseoir
  • 3/ Dieu nous regarde
  • 4/ Strict nécessaire
  • 5/ Aquarium
  • 6/ Point de suture
  • 7/ Le train bleu
  • 8/ J'évite le soleil
  • 9/ Couvert de poussière
  • 10/ Tous ces gens qui s'aiment

enregistrement

Enregistré et réalisé dans le studio huit pistes aménagé chez Daran.

chronique

Styles principaux
rock
blues

Dans un style rock bluesy, Daran débarque en 1992 avec ce premier album fort réussi. Le chant fait immédiatement penser à Zucchero, avec une voix rauque et fatiguée, qui correspond bien au style désabusé et parfois cynique des compositions du groupe. Enregistré à la maison sur un bon vieux huit pistes, "J'évite le soleil" fleure bon l'authenticité, et Daran et ses Chaises se posent comme le type de groupe que l'on aime voir jouer dans un bar sombre et enfumé, l'unique spot light suivant les doigts du guitariste ou les mouvements d'un harmonica, puis élargissant la lumière crue sur le chanteur qui en profite pour se resservir un bourbon et un cigare. C'est là qu'on comprend le titre de l'album, les musiciens n'ayant certainement pas vu le soleil depuis longtemps !

Dans une ambiance de western moderne, des titres comme "Strict nécessaire" et "En écoutant Johnny Diesel" évoquent la vie des cow-boys du vingtième siècle, chevauchant leur motos sur les highways, la guitare en bandoulière dans le dos, un peu comme Jon Bon Jovi a pu le faire sur "Slippery when wet" et "New Jersey". L'amour est bien sûr impossible pour ces éternels routards, qui collectionnent les peines de cœur, et les chantent au coin du feu une fois le soir venu. Ainsi "Point de suture" évoque ces histoires qui servent de repères dans une vie décousue. Bien que le départ soit difficile, il vaut encore mieux quitter la ville et s'en aller au loin plutôt que de supporter la monotonie, voire même fuir avant qu'elle ne s'installe ("En écoutant Johnny Diesel"). Et c'est sur ce constat d'échec et d'impuissance que l'album s'achèvera : "Tous ces gens qui s'aiment" et qui ont toujours vécu ensemble, dans la tradition et le respect mutuel, mais sans amour véritable. Daran refuse cela, refuse cette hypocrisie sociale.

Le son se fait plus électrique et plus intense sur "J'évite le soleil", vrai-faux live aux proportions titanesques, où de sombres guitar-heros se méfient de tout ce qui brille, préférant l'intégrité de l'ombre au strass de la lumière. Dans un autre registre, "Couvert de poussière" se fait hymne écologiste, pour préserver les terres encore sauvages et avoir quelque chose d'autre que des détritus enterrés à léguer au futur. Les grands espaces vierges devant soi et le blues dans les oreilles, telle est la vie que Daran imagine. Mais cette vie est solitaire, et profondément triste au final, comme l'est la vie moderne. Point n'est besoin de fuir au fin fond des déserts américains pour rencontrer ces cow-boys, ils sont parmi nous, dans nos quartiers, nos immeubles. La solitude fait partie du monde moderne et c'est une ode à ses victimes que Daran nous propose ici, dans ce premier album qui marque l'arrivée d'un grand de la chanson française. (samedi 21 juin 2003)

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